Violences sexuelles et «classement sans suite» ?
Dernière mise à jour : 21 juin
Aujourd’hui je suis en colère, parce que parfois j’entends « Les choses sont en train de bouger, regarde #Metoo, les femmes parlent de plus en plus ». Oui c’est vrai, il se passe quelque chose d’important dans notre pays, il faut le reconnaître. Mais est-ce parce qu’on met en lumière UNE affaire sur des milliers que ça va changer la maltraitance psychologique infligée aux victimes ?
Car oui, la justice se range encore du côté de l’oppresseur et il n’y a pas tout à fait de quoi se féliciter.
86% des affaires de violences sexuelles sont classées SANS SUITE, 72% pour les violences conjugales. Cette décision prise par le tribunal est dite « insuffisamment caractérisée », cela veut dire qu’il n’y a pas assez de preuve.

Doc : Part des affaires de violences sexuelles et conjugales à chaque étape de la procédure pénale
Source : Institut des Politiques Publiques, données recueillies entre 2012 et 2021

On choisit donc, dans le doute, de donner plutôt raison à l’agresseur, car celui-ci n’a pas laissé de trace suffisante (le bougre !). La victime est reconnue par les associations qui peuvent l'aider, mais pas par la justice. Et on nous dit : « Désolé, si quelqu’un d’autre porte plainte contre cette personne alors votre plainte servira à quelque chose, mais dans l’état actuel des choses, c’est sa parole contre la vôtre. »
C’est ce qu’il s’est passé pour moi il y a 2 ans, j’ai porté plainte contre un homme soi-disant soignant qui a abusé de moi sur une table de soin. Mais cette plainte ne servira que s’il y en a d’autres, en attendant, ce danger public est dans la nature en toute impunité. Et moi quand je reçois un soin aujourd'hui, je dois continuer de me répéter intérieurement « tu es en sécurité, cette personne ne va pas te faire de mal, elle veut ton bien ».
Le plus gros changement dans les dernières années c’est surtout que plus de victimes OSENT dire ce qu’on leur a fait, ce qu’elles ont subi physiquement, psychiquement, la honte, la culpabilité, l'effondrement que ça a provoqués en elles.
Mais nous sommes encore dans une société où la justice peut juger coupable une victime qui ose parler de son traumatisme : je vous rappelle qu’en désignant son agresseur une personne peut être jugée pour DIFFAMATION, alors qu’à l’origine c’était elle LA VICTIME…
Heureusement des dispositifs existent et doivent être nommer comme :
Le 3949 qui assure un 1er accueil téléphonique pour toutes les victimes de violences 7j/7 et 24h/24 avant d'être réorientées selon leurs besoins,
LE PNAV (plateforme numérique d’accompagnement des victimes) avec le site https://arretonslesviolences.gouv.fr/ qui met en relation les victimes de violences sexistes et sexuelles, témoins ou professionnels avec des policiers ou gendarmes spécialement formés...
À défaut d’un système de justice totalement compétent là-dessus, il nous faut trouver des solutions, des actions qui vont permettre aux personnes de se reconstruire, de trouver la force et l'élan de continuer de vivre : associations, groupes de parole, EMDR, thérapies diverses, activités artistiques ou sportives...

Et pour aller encore plus loin, il existe la JUSTICE RESTAURATIVE, complémentaire à la justice pénale. Le but : ouvrir un dialogue, réparer le lien social, venir apaiser les blessures et les répercussions dans les vies de chacun.e. Le processus est long et va permettre une série de rencontres entre des victimes et des agresseurs de délits similaires.
Sur ce sujet il y a le très bon film JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES (en ce moment sur Netflix). Avec cette fiction on comprend comment ce dispositif peut aider les individus à retrouver confiance et joie, petit à petit.
Alors en quoi cela concerne mon activité en kinésiologie ? Eh bien déjà parce qu’en tant que victime ET comme soignante, la suite logique est de LIBÉRER MA PAROLE et SENSIBILISER mon entourage.
Comment prendre soin de patient.e.s qui ont subi des agressions sexuelles / des violences conjugales ? Comment créer un cadre suffisamment sécurisant ? Comment adapter ses séances ? Quoi dire, quoi faire ou surtout ne pas faire ?
Tout cela doit être pris en compte. En tout cas j'ai passé une étape sur le chemin de la guérison et dorénavant ces questions feront partie de mon protocole.



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